Exclusion du don du sang des homosexuels : quand le principe de précaution devient une discrimination

Il n’existe aujourd’hui aucun produit capable de se substituer complètement au don de sang humain. Le don de sang est donc irremplaçable et souvent indispensable pour sauver des vies.
En France chaque jour, 8 000 dons de sang sont nécessaires, pour sauver des accidentés, mais aussi des malades qui ont besoin chaque jour de produits sanguins.
Il existe des contre-indications au don du sang. Elles permettent de protéger les personnes qui bénéficient d’une transfusion. Il y a par exemple un délai de 2 semaines à attendre après la fin des symptômes d’une maladie virale avant de donner son sang. De même en cas de maladies transmissibles par le sang (Syphilis, VIH, …) le don est proscrit. D’autres mesures permettent de protéger le donneur comme par exemple un poids minimal de 50kg ou encore un délai de 8 semaines entre 2 dons de sang.
Les pratiques sexuelles à risque sont également une contre-indication temporaire au don du sang. Il faut entendre par là un changement de partenaire sexuel récent, et/ou un rapport non protégé. Dans ces 2 cas, un délai de 4 mois doit être respecté. Cela permet de réduire les risques de la présence de maladies transmissibles par le sang tel que le VIH, et en particulier le risque de ne pas pouvoir détecter l’agent infectieux en cause lors des analyses, du fait d’une infection trop récente.
Il existe de plus aujourd'hui un groupe à risque : les homosexuels masculins n’ont pas le droit de donner leur sang et ce quelque soit leur situation. L’argument étant que chez les homosexuels, la contamination au VIH est plus fréquente que chez les hétérosexuels et donc que le risque pour les receveurs serait trop élevé.
On voit ici l’amalgame qui est fait entre groupe à risque et pratique à risque. Il apparait inconcevable selon le ministère de la santé que des homosexuels puissent avoir une situation stable en couple fidèle, ou encore qu’un homosexuel n’ait pas une pratique à risque depuis 4 mois. Il y a donc une perception de l’homosexualité éloignée de la réalité ou « homosexuels = VIH ». Le ministère de la santé pourrait tout aussi bien interdire à toute personne ayant des origines africaines de donner leur sang au motif que la prévalence du VIH est plus élevée chez ces personnes. On imagine bien le tollé qu’aurait une telle mesure !
Il serait intéressant de connaitre la prévalence du VIH chez les homosexuels n’ayant pas de pratiques sexuelles à risque ou tout du moins prétendant ne pas en avoir (puisque les questionnaires avant un don du sang ne permettent que de juger de ce que prétendent les gens) puis de la comparer à la prévalence du VIH chez les hétérosexuels prétendant la même chose
A l’heure où les besoins sont plus nombreux que les dons, il apparait non seulement choquant mais également irresponsable de refuser le don du sang à des homosexuels.
Par ailleurs le sentiment d’exclusion de ces personnes est réel lorsqu’ils arrivent aux centres de collecte et qu’ils se font refuser pour leur orientation sexuelle. Sentiment renforcé par les spots télévisés montrant les besoins réels en dons du sang.
Il est essentiel et fondamental de toujours assurer la sécurité et la protection des receveurs de sang, mais quand le principe de précaution n’a plus de limite et devient une discrimination envers une population, il faut savoir mesurer les vrais risques encourus.
C’est pourquoi nous demandons à ce que cesse l’amalgame entre groupe à risque et pratiques à risque. Que le don du sang soit ouvert sans discrimination sur l’orientation sexuelle des donneurs, tout en conservant des contre-indications au don uniquement basées sur les pratiques, comme c’est le cas dans de nombreux pays en Europe tels que l’Italie, l’Espagne ou le Portugal.










