Le premier ennemi des forces de l'ordre : la politique du chiffre

Initié sous le gouvernement Jospin, la politique du chiffre en matière de sécurité a été complètement dévoyée dès 2002 par le ministre Sarkozy. De la volonté d'établir autant que possible des statistiques pour estimer le phénomène criminel et donc être dans la capacité de mieux y répondre, la politique du chiffre est devenu une simple méthode d'évaluation des forces de l'ordre. Pire, c'est devenu le seul critère d'évaluation des agents, des services et des administrations de police et de gendarmerie. La seule chose qui importe désormais, c'est que les statistiques rendues par les services soient suffisamment satisfaisant du point de vu du ministère pour permettre une présentation à la presse. M Guéant s'y est d'ailleurs essayé le 16 janvier dernier Les conséquences sont de deux ordres.
Au vu de la pression qui est mise sur les représentants de l'Etat qui auraient de mauvais chiffre (un exemple médiatique fut les réunions où étaient récompensés les 5 « meilleurs » préfets et blâmé les 5 derniers), les agents à tous les niveaux ont commencé à s'arranger avec les chiffres et à cibler la délinquance la plus rentable au regard des statistiques. Si un service a besoin d'un haut taux de résolution des affaires (taux d'élucidation), il suffit de cibler la délinquance où on attrape le coupable en même temps que l'on constate l'infraction : usage de drogue, infraction routière, émigration illégale, … Si un service à besoin de plus d'infraction pour monter ses « scores », il suffit de se poster les vendredis et samedis soirs à la sortie des bars et boites accessible uniquement en voiture : c'est l'assurance d'un nombre conséquent d'infractions de conduite en état d'ébriété. Le tout se fait au détriment de la lutte contre la criminalité organisé, contre les réseaux de drogue, de prostitution et de passeurs ou encore contre la criminalité économique : toutes requièrent des moyens et du temps et ne sont donc pas rentable au regard des statistiques.
La seconde conséquence, c'est évidemment notre méconnaissance des chiffres de la délinquance en France. Les principaux chiffres que nous pouvons observer sont faussés par cette nécessité pour les policiers de rendre leurs bons résultats. Il est donc désormais impossible d'évaluer l'état de la criminalité en France. La machine pénale française est aujourd'hui aveugle.
Le changement ce n'est pas une loi, ce n'est pas un décret ou une circulaire. C'est simplement un choix du ministre de l'intérieur. Si demain le premier policier de France arrêtait de réclamer des statistiques dont il voudrait se vanter, alors c'est toute l'aberration de la politique du chiffre qui s'écroulerait immédiatement. Malheureusement, au vu de l'intervention de M Guéant, il est à craindre que la raison ne reviendra chez nos forces de l'ordre qu'avec l'arrivée de la gauche à la tête de cet Etat










